Un État dans L'État

L'Ancien état Allemand était morcelé à l'extrême : une véritable constellation, d'États miniatures. En 1759 on comprenait 314 États d'Empire et 1474 États de Chevalerie Impériale 'Reichständige = und Reichsritterschaftliche Territorien)
Nous allons examiner la position de Rouhling dans cette situation confuse.

La Seigneurie de Lixing
L'année 1581 vit la fin d'une longue lutte d'influence entre le Duc de Lorraine et le Comte de Sarrebrück, situation litigieuse issue des traités de 1297 et 1302. Par traités des 13 avril et 23 août 1591, le Comte Philippe III renonçait à toute sorte de prétention de pouvoir justicier et financier. En retour, le Duc CharlesIII renonçait aux droits qu'il pouvait avoir à Lixing et Rouhling.

Les traités avaient une conséquence importante : la formation de la Seigneurie de Lixing qui compte tenu du rang de son souverain était une "Baronnie" (Freiherrschaft) à partir de 1591 et pour 2 siècles - un "État nain" en somme (Zwergstaat). Elle comprenait tout Lixing, la moitié de Rouhling, le ban de Hersing (15 hectares entre Hundling et Ippling) Ebring et Ippling en situation douteuse, le Dillinger Hof entre Bousbach et Gaubiving (Bebing).
Ces enclaves devinrent alors un territoire relevant directement de l'Empire (Rechsunmittelbares Gebiet) avec toutes les conséquences juridiques et administratives qu'une telle mutation entraîna : exclusion du baillage de lorraine, inscription au Matricule Impérial - Canton de Niederrhein, rattachement juridique au Directoire de la Chevalerie Impériale de Coblence et au Tribunal de Grande Instance de la Chambre Impériale de Wetzlar (Reichsritterschaftsdirektiorium - Reichskammergericht).
En 1591, Hans Von Kerpen, Petit fils de Bernard reçut tous les Fiefs de la Seigneurie de Lixing comme
"Franc-Alleu", c'est à dire libérés de de toute obligation féodale.
Les Barons de Kerpen étaient dès lors les Seigneurs et Maîtres de la moitié de Rouhling ; l'autre moitié appartenait aux Chevaliers Teutoniques.

Blason de la famille Von Kerpen
 
Les Chevaliers Teutoniques.
L'Ordre Teutonique a été fondé vers 1128 à Jérusalem, donc à l'époque des Croisades, comme ordre Hospitalier et Militaire (en Allemand Deutscherrenorden).
Les différentes Commanderies (Komtureien) étaient placées sous l'autorité d'un Provincial (Landkomtur).
La "Deutschherrenkomturei" de Sarrebrück a été fondée en 1227 par le Comte Simon et se vit attribuer des biens et des droits à Ippling et Rouhling, entre autres par la maison mère de Metz.
D'autres possessions en terre et forêts à Hundling et Nousseviller furent légués à cette Commanderie par
"Gerhard der Kleine Von Moersberg. Plus tard, tout Hundling appartenait à l'Ordre.
En 1558 le Comte Johann III
procède à un important échange de biens avec la Commanderie de Sarrebrück : le Comte céda à l'Ordre, la moitié de Rouhling, le ban de Hessling, l'étang de Breidenbach, etc. en échange de la souveraineté sur Oberbexbach, des biens à Mittel et Niederbexbach, Ottweiler etc.
Nous examinerons ultérieurement les vicissitudes qu'a connues l'Ordre sous Louis XIV et lors de la révolution Française.

Blason des Chevaliers Teutoniques
 
Seigneurs et Maîtres.
Rouhling était désormais partagé entre deux, mais personne n'avait à servir deux maîtres à la fois car les droits et devoirs étaient nettement partagés.
Il y avait deux Maires, même trois si l'on considère que Halligen appartenait à d'autres Seigneurs.
Il faudrait encore citer un quatrième Maître : l'Eglise sur laquelle aucun Seigneur n'avait de pouvoir. Le Curé possédait un "Bénéfice" consistant en une part des "Dîmes" et de biens propres en terre , prés, jardins appelés "Bouvrot" en Lorraine. Un "Collateur"
avait le droit de "Patronage" (nommer le Curé et conférer le Bénéfice). Les anciens Prébendes de l'Évêchéde Metz (Pruendenregister) mentionnent en 1544 un Johann, Edler Von Buttenbach comme "Collecteur" et cohéritier de la paroisse de Rouhling. Mais à partir de 1625, les Kerpen exercèrent le patronage et devinrent "Décimateurs" 'Zehntherpen) de Rouhling.
 
 
     
Les Armoiries de Rouhling.
Tout Rouhlingeois qui se respecte connaît les Armoiries de son village qui sont depuis quelques années gravées dans la pierre près de l'entrée de la Mairie (Oeuvre de l'artiste local : Jean Hentz).
La commissions départementale d'Héraldique a délivré ces armoiries le 21 novembre 1950 avec le diplôme suivant :
"D'argent de fasce vivrée de gueule accompagnée en chef d'une croix pattée de sable et en pointe de trois cailloux du même".
Langage ésotérique de la science des Blasons qui pourrait se traduire en Français "banal" comme suit :
"Sur fond blanc une ligne brisée rouge, situé au milieu à l'horizontale avec, en haut au centre, une croix de Malte noire et en bas au centre trois cailloux également noirs".
La croix des Chevaliers Teutoniques, la ligne brisée des Kerpen, les cailloux qui sont l'instrument du martyr de St-Etienne, patron de Rouhling.
Voilà un raccourci significatif de l'histoire de Rouhling.